Carnet de voyage de Marie-Christine et Jean-Paul ABADIE .
1 De Campistrous (Hautes-Pyrénées) à Sydney (Australie)
Partir au-delà des océans, migrer mais pas émigrer…
Lundi 11 février 2008
Cette fois nous sommes sur le départ. Il ne reste que quelques minutes avant de donner un dernier tour de clé. Marie-Christine fait une dernière caresse à Théo, notre labrador qui depuis quelques jours se doute de quelque chose. Il ne nous l'che pas d’une semelle. Je vois son regard d’une immense tristesse à fendre le cœur, quand je ferme le portail de l’entrée… S’il se doutait du périple que nous allons entreprendre et du temps qui va s’écouler, il serait bien plus triste encore.
Il n’est pas si facile de quitter ces lieux et, chaque fois que nous partons, je pense à nos ancêtres des Pyrénées qui émigrèrent et qui laissèrent tout, ici, ou ailleurs, sans espoir de retour, sans idée de ce qu’ils allaient découvrir.
Les inquiétudes du départ
Au revoir Campistrous, la Bigorre, direction l’Australie.
Comme c’est simple de le dire… moins facile de tourner les talons.Nous avons l’avantage de savoir où nous allons, de connaître ‘’cet inconnu’’, par tous les moyens de communication actuels. Mais, malgré tout quand c’est le moment, il est moins facile de faire abstraction de ce sentiment de nostalgie, de ce serrement de cœur que je suppose, tous nous ressentons à ce instnt précis du départ. Déjà avant de partir, quelques inquiétudes du côté des aiguilleurs du ciel de Orly, qui n’aiguillent plus rien depuis hier.
Nous verrons bien. Direction Toulouse-Blagnac sans encombre. Il fait un beau temps extraordinaire, anormalement printanier en ce début février, que c’en est indécent de quitter le sol bigourdan dans ces conditions. Les Pyrénées là-bas sur la toile de fond sont bien enneigées face nord, mais beaucoup moins c’est certain face à l’Espagne. Adishatz !!
D’un saut d’avion voici Roissy Charles de Gaulle et là, déjà, ce sera autre chose.
Départ retardé d’une demi-heure, puis d’une heure, puis… l’aventure commence. Finalement nous quittons le sol pour douze heures trente de voyage direction SINGAPOUR avec un retard certain de deux heures, qui nous collera aux valises jusqu’au retour…
Le motif du voyage est de retrouver notre fille Anne Pauline, partie pour huit mois parfaire son anglais au pays des Koalas. Il existe c’est certain, des contrées bien plus proches pratiquent cette langue, mais sans doute moins exotiques. Est-ce l’effet boomerang qui est attendu ?
Mardi 12 février 2008
Enfin, nous volons dans la nuit. C’est vrai je pense à Saint Ex ; mais c’est tout de même plus facile pour nous, surtout qui ne pilotons pas…. Pour amenuiser l’incertitude des probabilités et des aléas du transit, nous avons choisi la Compagnie Nationale qui à partir de l’escale de SINGAPORE prolonge son vol avec la compagnie australienne ‘’Quantas’’. Nous remontons le temps, mais ne le remontons pas assez vite semble-t-il. Arrivés à l’escale à presque vingt heures locales, au lieu de dix huit trente, nous avons le bonheur de savoir que notre avion de liaison est parti depuis belles lurettes sur Sydney.
Ici personne ne nous attend, pas même les hôtesses de la compagnie où quelque personnel au sol.
De nuit ou de jour, mardi ou mercredi, nous ne savons quand ?
Alors commence une étrange période d’incertitude et de recherches. Nous voici partis avec notre anglais ‘’made in Sud Ouest’’ à la recherche d’un vol qui pourrait nous conduire sur l’Australie.
L’aéroport de Singapore à peu de choses en commun avec celui de Pau-Pyrénées ou de Tarbes-Ossun-Lourdes. Pas de panique. Nous avons heureusement quelque peu l’habitude de ces immenses terminaux (Francfort, Denver, Détroit, etc.).
Afin de rassurer Anne Pauline qui va nous attendre à Sydney, nous passons un petit courriel gr'ce à ‘’free-internet’’ ; puis de comptoir en comptoir nous vaquons à la recherche d’un vol qui ne nous laissera pas passer la nuit dans les halls infinis de cet immense aéroport.
C’est rassurant, nous sommes bien gardés, vu la quantité d’uniformes que nous croisons. Un groupe de Français dans la même galère que nous, a son guide qui lui, aussi se démultiplie en démarches. Nous faisons cause commune.
Mercredi 13 février 2008 sans doute ?
Nous finissons par décrocher deux places SINGAPORE - ADELAIDE à vingt trois heures cinquante sur la compagnie ‘’Singapore Airlines’’, avec arrivée sur le sol australien à neuf heures locales; puis ensuite encore un vol intérieur de deux heures trente nous conduira sans doute à Sydney ? Nous n’y sommes pas encore.
Suivre le fil du temps… sans le couper.
ADELAIDE, neuf heures du matin. Duquel ? Nous ne savons plus trop ? Même si nous remontons le temps, avec toutes les péripéties nous arrivons à perdre le fil du temps.
Les douaniers australiens eux par contre n’ont pas perdu le fil et sont sans compassion ; règlement... règlement ! Ils visitent l’intégralité de nos bagages de fond en comble ; si par étourderie nous avions oublié quelque tranche de foie gras entre deux chemises, ou glissé quelque manchon de confit de canard dans la poche de quelque pantalon ? Nous sommes sans doute les seuls européens de ce vol et comme ils ne sont pas bousculés par l’affluence, ils nous montrent toutes les facettes de leur savoir-faire. Nous contemplons et comme là, de bonne foi, nous ne comprenons pas un traître mot, nous prenons patience. Cela prend du temps en effet, tout y passe et au bout du compte, nous manquons presque la liaison vers Sydney. Chou blanc !! Ils en seront quand même pour refermer nos sacs et nos valises (j’ai tout de même participé …en refaisant le code de sécurité, que je ne leur avais pas communiqué).
Nous ressentons les prémices de quelque fatigue et ce n’était pas le moment de nous demander une participation, même courtoisement, d’autant que l’australien tôt le matin, cela se comprend moins bien que ‘’la petite musique de nuit’’…
La langue anglaise sous ces latitudes à pris des accents très très nasillards. Cela s’appelle le ‘’strine’’, la langue populaire spécifique à ce continent du bout du monde.C’est raide comme un coup de ‘’gnole’’ à jeun !! On a beau y être préparé, même en tendant l’oreille on ne saisit pas vraiment tout de suite la profondeur de la musique. Restent les gestes et quelques mots internationaux de base, pour se quitter poliment. L’aéroport ici ressemble à nos ‘’aéroports de campagne’’ et nous embarquons dans la foulée.
‘’Bye bye Adelaïde’’ (nous y reviendrons quand même plus tard par la terre)
Cette fois-ci en direction de Sydney nous survolons l’intérieur, ‘’le bush ‘’, tel un paillasson, allant de cramoisi à terre brûlée. Comment peut-on vivre là dedans ? Quelques îlots de terne verdure, des plantations d’eucalyptus peut-être ? Mais dans cette immensité pas d’agglomération, de très rares voies de communication ?
J’ai déjà dans l’œil ce paysage et quelques réminiscences de pampa reviennent à ma mémoire. Ce ne seront pas les dernières je pense.
Deux heures et demi après, l’océan est en vue, nous survolons Sydney, apercevons l’inévitable opéra et le fameux pont, la magnifique baie aux anses multiples s’étale sous une triste lumière et nous atterrissons ‘’groggy ‘‘à SYDNEY, après quelque chose comme, vingt six à vingt sept heurs de voyage aérien…. Ça calme !!!
Anne Pauline et son amie Emilie sont là, harassées elles aussi d’avoir attendu depuis très tôt le matin et fait la navette de l’aéroport international aux lignes intérieures.
Ce sont les retrouvailles, sous un temps maussade et lourd.
Arrivés à BONDI BEACH la plage de Sydney, nous essayons de prendre quelques repères dans le ’’backpaker’’ (auberge de jeunesse). Puis pour se dégourdir les jambes, malgré ce temps moyen et la fatigue, nous allons humer l’iode du Pacifique en front de mer sur un sentier où s’échinent joggers et autres sportifs en recherche d’exercice. Dans l’eau personne ? Pourtant il y a de la vague et de la bonne ; sans doute trop bonne. Où sont ces merveilleux surfers des non moins fabuleuses vagues du Pacifique ? Déception quand même ; ce n’était peut être pas le jour ?
La pluie s’annonce et durera toute la nuit.
Jeudi 14 février 2008 Bondi Beach – Sydney
Dix heures et demie, c’est l’heure d’un brunch copieux qui va nous tenir toute la journée. Face à la plage nous profitons du calme matinal, mais toutefois pas question de lambiner outre mesure.
Nous sautons dans un bus qui nous conduit vers la ‘’City’’ : Sydney.
Après les rafales de pluie de la nuit, le temps lentement s’améliore pour passer au beau.
Et c’est la visite pédestre classique qui commence par le Parc Botanique (Royal Botanic Garden), fourni de mille et mille espèces de plantes et d’arbres, avec en fond les immeubles futuristes et quelque peu anachroniques du Sydney moderne. Dans ce parc certains arbres viennent de la
nuit des temps et portent encore les traces, les cicatrices sacrées des Aborigènes qui habitaient ici voici à peine un peu plus de deux cents ans. Ils seront expulsés des derniers campements vers 1879. Ce Parc botanique était un lieu cérémoniel et l‘ensemble de la baie, un site d’habitat, de pêche, de vie Aborigène.
Des quantités d’oiseaux en liberté nous émerveillent, des vols de perroquets blancs à crête jaune, des perruches multicolores et bruyantes, des ibis blancs, des pélicans, de nombreuses espèces d’anatidés siestant à l’ombre des arbustes.
De quelques grands arbres déplumés pendent comme des fruits mûrs une quantité de chauve-souris Grey-headed flying foxes (Pteropus poliocephalus) à tête grisonnantes de renard roux ; attention en passant dessous, sols glissant et collant aux semelles des chaussures. Un grand concert se prépare dans une clairière. Ce ne seront pas des sons de didjeridoo que l’on entendra sous la futaie sans doute, étant donné les m3 d’enceintes acoustiques déployés sur les pelouses.
La tour de Sydney (AMP Tower : 305 m de haut) avec son restaurant tournant lentement là-haut, n’apporte rien au paysage.
Puis au détour d’une allée du parc : l’Opéra, coquilles d’oeufs emboîtées aux lignes superbes et étincelantes, sous le soleil qui tout à coup daigne se montrer. Puis au fur et à mesure de notre approche apparaît Harbourg Bridge, le ‘’porte manteau’’ comme l’appellent les australiens et finalement le non moins célèbre ‘’Circular quay’’, le port touristique de Sydney avec en arrière plan l’assortiment de b'timents victoriens anciens et de tours de verre et d’acier modernes. Ce sont des images classiques que nous connaissons tous plus ou moins, mais qui vues in situ permettent de fixer clairement la disposition des lieux.
Il est plus que tard dans l’après midi,...fatigue. Un long farniente sur la plage de Bondi nous sera d'un agréable réconfort après ces longues heures de voyage aérien.
Attention au soleil australien qui est le plus cuisant que nous ayons connu. Est-ce la proximité du pôle Sud et les méfaits du trou de la couche d’ozone ? Nous remarquons que les australiens ne s’exposent pas ou peu directement au feu des rayons solaires.
Ce n’est pas simplement l’héritage du puritanisme anglo-saxon du XIXème siècle semble-t-il. Nous éluciderons peut être plus tard ce mystère ?
à suivre ...
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