Des Bigourdans en Australie (suite)

 

Carnet de voyage de Marie-Christine et Jean-Paul ABADIE

2 - De Sydney à Melbourne


 

Vendredi 15 février 2008 : Cap au Sud

Ce ne fut pas si simple, quelques mauvaises connexions bancaires de carte de crédit pour cause, mais nous finissons par avoir raison des démarches de location d’un véhicule pour partir explorer le sud-est et l’est, les côtes et ‘’l’Outback’’ (l’intérieur), comme ils disent. Car malgré les clichés bien connus, il y a quand même un pays intérieur en Australie, vide ou presque, mais qui tout de même existe. Comble du contraste des antipodes, pour un ornithologue en vacances sans doute, l’agence de location s’appelle ‘’no birds ‘’ !!!! Pourtant des oiseaux, ce n’est pas ce qui manquera tout au long du voyage, au contraire...
Le grand défi, comme tous les matins, sera de faire entrer l’armada de bagages dans le coffre de ‘’la berline japonaise’’. Douceur et persuasion… mais surtout patience et fortes pressions seront les maîtres mots du puzzle.

Déjà sortis de Sydney, nous voguons dans le Royal National Park, second parc national créé et répertorié dans le monde, après le Yellowstone aux USA que nous visit'mes en 1984, déjà !!!. Il fut fondé en 1879 et ceci nous coupe un peu le souffle de savoir que, très tôt certains émigrants européens ‘éclairés’’ eurent, malgré tout ce que je dirais en général plus tard sur ce sujet, ou pour le conforter, un grand souci, une conscience certaine, un grand remord peut être, de ‘’sauvegarder’’ comme ils le pouvaient, une certaine fraîcheur originelle à ce continent des antipodes. Ils durent sûrement lutter à contre-courant de bien des idées et ambitions dévastatrices.

Nous n’allons pas étaler chiffres et particularités mais sachons quand même que la superficie du Parc est de 16.000 hectares (celle du Parc National des Pyrénées est de presque 46 000 ha en zone centrale) et un lieu de régénération des citadins car situé à peine à une trentaine de kilomètres de Sydney. Le parc est une explosion inattendue de flore, d’arbres de fougères géantes et de fleurs, d’avifaune et de faune sauvage, d’odeurs de sous bois. Tout ici est géant d’ailleurs. Les Aborigènes devaient couler là une vie sinon idyllique mais pour le moins harmonieuse.

Fin de l’étape à WOLLONGONG, ville universitaire avec une belle plage de surf, un petit port plutôt sympathique et dans la baie suivante l’horrible paradoxe d’une gigantesque installation industrielle fumante, malodorante et aussi laide que savent l’être de tels sites hideux. C’est la zone industrielle et portuaire lourde de Sydney.
Nous logeons dans une auberge de jeunesse plutôt ‘’babacool’’, calme et désuète.

Samedi 16 février 2008 : La Côte Pacifique par la Princess Higway

Débuts laborieux de conduite à gauche avec le volant à droite et adaptation  ‘’à la japonaise Toyota’’ dont les vitesses sont automatiques ; cela fait beaucoup à la fois. Surprenant dans les premiers kilomètres, mais comme tout le monde fait de même, autant suivre la mode du pays. Nous traversons la grosse zone industrielle entrevue de loin hier au soir ; c’est peu touristique et c’est peu de le dire !!! Mais pour gagner la Princess Highway , la route principale longeant la côte, impossible de passer ailleurs. Nous roulons dans les fumées basses et épaisses d’une immense aciérie ; un seul désir ; sortir de là au plus vite de cette zone démesurément insalubre.
Par sa beauté sauvage, la côte que nous retrouvons ensuite nous réconcilie avec l’idée de voyage. A Jervisbay nous assistons, en retrait, à un mariage en grande pompe célébré sur le sable même de la plage avec tapis et décors floraux. Les plages sont immenses et la promiscuité n’est réellement pas un problème ici, ce qui fait que chacun peut disposer d’un espace infini pour se livrer aux activités les plus diverses mais toujours dans le respect de l’environnement.

Nous quittons la plage assez tard pour Batemans Bay notre prochaine étape de nuit.

Au détour d’un virage dans la végétation basse du bord de route j’aperçois mes trois premiers kangourous en liberté. Ce n’est donc pas un mythe, les kangourous existent en Australie et vivent encore en liberté. Nous en verrons d’autres par la suite, mais le long des voies de circulation ils paient un lourd tribut aux véhicules routiers dont la plupart sont équipés de pare-buffles . Immenses camions et gros 4X4 ne font pas de détail et ne marquent pas l’arrêt à la rencontre  des marsupiaux sauteurs.

Au backpaker de Batemans Bay dont la plupart des habitations sont disséminées dans des mobil homes ou caravanes sous la végétation du camping attenant, nous rencontrons Nicole et Pierre qui nous invitent au ‘’Pastis’’.
Fuyez les traditions du Sud Ouest et, au fin fond de l’Australie, elles vous rattrapent au galop !!
Deux français de Moselle émigrés en 1969 et qui après toute leur vie active dans l’hôtellerie à Sydney se sont retirés ici depuis neuf mois, pour vivre au calme.  Evidemment quand on compare la ‘’vie agitée’’ de Sydney, ne serait ce qu’aux jours calmes de Toulouse, on reste rêveur et envieux sur l’hyper-calme  de Batemans Bay.

Dimanche 17 février 2008 : Batemans Bay – Merinbula

Un dimanche australien qui ressemble beaucoup aux dimanches américains. Chacun vaque à ses occupations de week-end, qui, tondant ses 4m² de pelouse devant les habitations bien alignées et bien proprettes des quartiers typiquement résidentiels, qui, appuyant un peu sur les pédales pour se donner une bonne conscience sportive, qui, coude au corps arpentant  en tenue de jogging les bords de route, de plage et les nombreuses allées réservées à cet effet.

Hors les villes, nous traversons une région de collines quittant le South Wale pour l’état du Victoria ‘’The place to be’’ comme l’annoncent les devises inscrites sur les plaques minéralogiques de la plupart des véhicules.

Dans la campagne personne n’est au champ, fin de semaine oblige ; c’est une région d’élevage principalement, de bovins mais aussi d’ovins, avec peu de champs cultivés, quelques maïs et quelques vignes.
Cela ressemble à s’y méprendre à nos coteaux de Bigorre, peut être en plus vaste, mais tout y est, y compris les balles rondes d’ensilage dans les mêmes filmes plastiques noirs ou verts si esthétiques dans le paysage. 
Par contre question b'timents d’élevage et matériel agricole ces agriculteurs australiens sont quelque peu en retrait.
Pas de splendides tracteurs 4x4 rutilants avec leurs 150 cv  mais de simples Massey Ferguson ou Fiat, voire Zetor, datant de quelques décennies. Pas de matériel démesuré hors gabarit et flambant neuf, mais un outillage modeste, pratique, fonctionnel et suffisant semble-t-il, de l’époque où dans notre Sud Ouest nous avions le même avant la PAC. Des b'timents d’élevage aux dimensions fort modestes, en tôles ondulées bien souvent, mais par contre dans les pacages, en bord de route, souvent des couloirs de contention avec plan incliné pour charger le bétail et dans les prairies quelques moulins éoliennes pour alimenter bassins et bacs d’abreuvement.

Un dimanche bien tranquille qui finit par un splendide coucher de soleil sur le bord de mer de Merimbula.



Lundi 18 février 2008 :
Kangourous, perruches et koalas...enfin !!!

Comme la veille à Batemans Bay, de très bonne heure nous sommes réveillés par les chants de milliers d’oiseaux et tout particulièrement ces sons gutturaux de dizaines de perruches qui ont envahi les arbres autour du backpaker. Munis de quelques graines de tournesol, nous avons le plaisir de  voir ces oiseaux libres dans la nature, aux superbes couleurs éclatantes, venir se poser sur notre bras ou carrément dans la main. Un exercice dont nous ne nous lassons pas : les convives sont tout de même prudentes et n’acceptent pas d’être caressées.

Mis à part quelques individus régulièrement rencontrés écrasés sur le bord de route, nous n’avons pas revu de kangourous. Renseignements  pris au backpaker  qui nous héberge, on nous indique une zone où franchement il serait difficile de ne pas en rencontrer vivants. Quand même !!. Il se peut que nous puissions aussi les approcher.

Nous y fonçons, à gauche toujours et pas trop vite tout de même.

A Merimbula Beach, impossible de ne pas rencontrer les marsupiaux, ‘’ils nous attendent’’ sur une vaste prairie aux abords d’un camping isolé. Séance emblématique d’observation et de découverte de ces légendaires kangourous, approche à distance modérée pour se faire plus ou moins accepter et inévitablement photos. Nous dérangeons quelque peu leur pique nique et leur farniente ; pas trop longtemps tout de même car la route nous attend en direction de Lake Entrance.

La montagne

Le relief continue à être ’’montagneux’,’ un peu plus que l’étape de la veille cependant  car nous voici dans des forêts de haute futaies d’eucalyptus. On ne peut pas se tromper, à droite des eucalyptus, à gauche des eucalyptus, devant et derrière encore des eucalyptus ; il y en a environ 450 variétés sur le continent et de là ont été exportés tous ceux que l’on trouve plantés de par le monde : au Portugal, en Espagne, au Maghreb, en France ; en Uruguay, en Argentine aux USA, etc.
De temps à autre nous croisons d‘immenses grumiers très larges et bien longs : une remorque de plus que chez nous en Europe et quelques essieux de plus aussi ; des monstres qui ne s’embarrassent pas de notre présence sur leur trajet. Ils foncent droit devant. A chaque fois il vaut mieux frôler  la terre du bas côté et baisser le régime ; nous abordons les virages sans visibilité toujours avec quelque angoisse. A un moment donné, nous en aurons un qui va nous rattraper, sorti d’on ne sait où ? Sans doute venait-il d’une de ces pistes dont de temps en temps nous apercevons les embranchements de part et d’autre de la route. Surgi donc de nulle part avec son chargement démesuré ses gros pots d’échappement et sa peinture bleu métallisée, dans cette région montagneuse il nous suivra quelques temps, 15 ou 20 km durant, nous collant au pare-choc arrière dans les montées, se faisant larguer dans les descentes,  pour finalement nous dépasser ‘’sportivement’’ sans ménagement dans la première ligne droite relativement en faux plat et nous, deux roues dans l’herbe.
Les camions sont rois sur les routes, tout comme les taxis et les bus en ville ; à l’inverse de l’Europe, les piétons en Australie n’ont vraiment pas droit au chapitre, peu de chances de s’en sortir et aucune priorité ; à vous de prendre toutes les précautions pour votre santé.
Dans ce domaine c’est la loi du plus fort et du plus gros.

Entre les zones forestières, quelques prairies à moutons et de plus en plus de pacages lorsque nous nous rapprochons de la côte vers Lake Entrance. Il n’y a pas ici d’éoliennes pour les bacs à eau, les fermiers ont creusé de petits étangs et lacs collinaires où vient s’abreuver le bétail s’étirant en longue files indiennes et marchant en courbe de niveau.

Des koalas et aussi un walibi.

Dépassant Lake Entrance en bord de mer où nous reviendrons passer la nuit, nous continuons vers Paynesville dans l’espoir de rencontrer des koalas. Bien que mythiques, eux non plus ne se découvrent pas sur chaque arbre rencontré. Nous sommes dans la région du Lakes National Park, un de plus qui englobe d’immenses étendues côtières. En fait nous passons le bac pour nous rendre sur l’île de Paynesville et là au détour de la première piste, tout près des habitations nous apercevons notre premier koala somnolant dans la fourche d’un eucalyptus.
Trop mignon avec sa face endormie, ses gros yeux mi-clos et sa fourrure qui paraît si douce au toucher. Nous passons l’après midi à les chercher  d’arbre en arbre ; certains ne s’éveillent même pas malgré nos sollicitations, d’autres ouvrent négligemment un œil, parfois l’autre. Nous rencontrerons une mère et son petit dissimulé dans sa fourrure ventrale, quelques solitaires réveillés, pour nous faire plaisir sans doute, étendent leur patte copieusement griffue en direction de quelques feuilles d’eucalyptus qu’ils portent ensuite à leur bouche avec une extrême lenteur, mastiquant avec encore  une plus grande modération.  La plupart des koalas aperçus somnole, totalement abandonnés à leur sieste et rel'chés patte arrière pendantes de chaque côté d’une fourche d’eucalyptus où ils ont trouvé refuge. C’est la vie au ralenti. Même les bonds graciles et empressés d’un walibi que nous débusquons par hasard n’entraînent aucune réaction.

Mardi 19 février 2008 : Vers MELBOURNE

Au sortir de Lake Entrance nous passons devant une immense usine à bois ; c’est ici que convergent tous ces immense grumiers que nous avons croisé ou qui nous ont doublé. Après la traversée les dernières collines nous découvrons  une région très plate le ‘’Central West Gippsland’’. A s’y méprendre !...On se croirait dans la pampa argentine !!! Tout y est : les immenses prairies à bestiaux entourées de longues clôtures de fils de fer, les éoliennes, moulins à eau et leurs bacs, les habitations des éleveurs dissimulées dans quelque  bosquet d’eucalyptus et ici et là quelques rangées d’arbres coupant la monotonie du paysage et servant aussi de brise vent derrières lesquels s’abritent les troupeaux.

C’est réellement le même type d’élevage extensif et, si nous ne nous savions pas en Australie, parachuté entre Buenos Aires et Santa Rosa de la Pampa on ne verrait même pas la différence. On aperçoit même de temps en temps du foin roulé en balles rondes ou quelques sempiternelles balles d’ensilage. Le paysage défile monotone jusqu’à Melbourne.

La circulation s’intensifiant un peu, il ne fait aucun doute que nous approchons de quelque agglomération d’importance ; au loin les quelques tours de Melbourne pointent à l’horizon.
Première impression : ce n’est pas une ville démesurée et surdimensionnée comme nous nous y attendions. C’est au contraire une cité de la taille de Toulouse dirons- nous. La circulation est fluide, les voies ne sont pas surchargées, la navigation à la signalisation est relativement aisée. Nous trouvons vite nos marques, nous garons le véhicule et, dès les formalités d’hébergement achevées, nous prenons le premier tram en direction des plages du sud. Ambiance australienne de bord de mer, de surfeurs, de joggers et des terrasses de bar où l’on lie rapidement conversation d’une table à l’autre. Parmi toutes les nationalités présentes y a là aussi quantité de français résidents ou en séjour plus ou moins long, travaillant au service ou en vacances. Et on refait le monde devant un splendide soleil  couchant qui va se noyer dans la mer.

à suivre ...