Une quête de San Francisco à Buzy....
« Je suis le dernier des Pontacq aux Etats-Unis » assure Jeannette, une Californienne de San Francisco issue de l’émigration béarnaise vers les Amériques au XIXème siècle. Longtemps indifférente à la question identitaire - bien que fière de ses origines françaises- elle vécut sa vie de femme entreprenante et libre sous le sceau de l’évasion touristique dont elle fit profession.
Ses études supérieures à Berkeley s’étaient déroulées dans le tumulte de l’opposition à la guerre du Vietnam.
« J’étais une militante. J’ai décidé de venir en France, attirée par le rayonnement de sa culture et de sa capitale. » commence-t-elle dans un français au vocabulaire choisi, enjolivé d’un délicieux accent américain.
Arrivée à Paris en 1966, elle se fixe au cœur du Quartier Latin et deux ans plus tard, assiste, effarée, aux évènements de Mai 68 : « Un jour, sur le Boul’Mich, j’ai vu surgir les chars de l’Armée devant les étudiants serrés les uns contre les autres…. »
Demoiselle au pair elle s’occupait alors des deux enfants de sa famille d’accueil et fréquentait assidûment l’Alliance Française.
Quelques mois plus tard elle retourne à San Francisco.
« J’ai compris que je ne savais que courir le monde, j’en ai fait mon métier ».
Elue meilleur agent de voyage de San Francisco, Jeannette Pontacq crée sa propre enseigne à 35 ans et gagne suffisamment d’argent pour se retirer des affaires avant d’avoir coiffé le demi-siècle.
La fibre française
A Point Reyes, un village d’artistes sis au milieu d’un parc national, sa retraite frénétique mêle occupations intellectuelles (elle pige pour divers magazines) sportives (marche, kayak, équitation) et séjours à l’étranger dont certains la ramènent en Europe mais pas encore en Aquitaine qu’elle ne découvrira qu’en 2006.
« Il faut dire que mon père né aux USA, refusait d’être Français par souci d’intégration à la société américaine. Petites, ma sœur et moi n’avons jamais entendu un mot de français. Ce n’est qu’à Berkeley que j’ai appris un peu la langue mais je m’y suis vraiment mise à 60 ans. Je suis la seule de la famille à m’intéresser à la France. »
Peu à peu le puzzle ancestral prend forme.
Le coup de pouce d’Astérix !
Vers 1880, l’arrière grand-père paternel de Jeannette, Maximien Pontacq, part de Buzy vers la Californie. « Avec sa femme, ils ont installé des blanchisseries à San Francisco. Le couple voulait gagner de l’argent pour racheter la maison familiale perdue au jeu de cartes. Il y a réussi mais il l’a reperdue au poker. Il est mort et enterré à Buzy en 1932. »
A l’adolescence, le grand-père, Jean Vincent, quittera sa vallée d’Ossau natale pour l’Amérique du Sud. « Il a fait le tour du Pacifique, parcouru l’Alaska, le Chili. Il s’est marié avec Thérèse Beuillé, une fille d’Arbéost, surnommée Elise et rencontrée aux USA. »
Sans un déclic providentiel, Jeannette n’aurait jamais pu collecter autant de données.
« Il y a trois ans et demi, je recherchais deux albums manquant à ma collection d’Astérix. En consultant EBay, je suis tombée sur Philippe Azens, un vendeur de Tarbes. Mon nom l’a interpellé. Nous avons bavardé. Ses questions m’ont donné envie de savoir d’où je venais.
J’ai interrogé le site des Mormons puis envoyé en vain des lettres aux mairies de Buzy et d’Arbéost. Sur Internet, j’ai trouvé une association de généalogistes à Pau et un de ses membres, Pierre Xans. Les archives de Pau ont efficacement complété mes recherches. Gr'ce à tout ce monde, j’ai recréé l’arbre de ma famille jusqu’à la Révolution française.»
Provision d’émois...
Depuis, Jeannette Pontacq dialogue avec les cybernautes du forum d’Ossau, échangeant même des semences de plantes ossaloises. Elle a noué des liens informatiques avec Jean-Jacques Saint Sernin, un Toulousain marié à une native du Val d’Azun et aussi Christiane, et d’autres éveilleurs de curiosité.
En septembre 2006, nouvelle escapade en France.
Cap sur le Béarn et les Pyrénées. A Arbéost elle sympathise avec « Mimi » Poulu-Cazenave, sa cousine au quatrième degré.
« Nos arrière-grand-mères étaient des sœurs » précise celle qui accueille aujourd’hui sa parente d’Amérique pourvue d’autres cousines à Oloron et d’un solide réseau d’amis.
« Mes recherches m’ont ouvert de larges portes sur votre pays » se réjouit la Californienne qui quittera notre sol fin juin après avoir fait provision d’émois et de bonheurs diffus avec « Mimi » pour cicérone et cordon bleu.
« Si je devais recommencer ma vie ce serait ici » s’enthousiasme Jeannette Pontacq, ambassadrice de la France et du Béarn en Californie.
Interview de Renée Mourgues
pour le journal La République des Pyrénées
(parution du lundi 2 juin 2008)
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