Des Bigourdans en Australie (suite)

 


3 - De Melbourne à Adélaïde


Quelques jours à MELBOURNE

Melbourne sous la pluie en cette matinée de février, ce n’est pas réellement ce que nous imaginions de l’été australien, mais ici aussi, le climat subit des perturbations  déraisonnables.

A pied, nous partons à la découverte de la City. La première impression restera la bonne.
Melbourne est une ville attachante, créée en 1834,  héritière des 170 ans d’histoire européanisée présentant  un agréable assortiment d’immeubles bas, de style victorien ancien et de tours au design  moderne mêlant verre et métal. Point trop n’en faut, les tours sont encore en nombre limité et à la rigueur, intégrables dans le paysage citadin du XIXème siècle. 

Et il est toujours étonnant de découvrir le cœur de la City avec La Cathédrale Saint Paul,  Flinders Street Station, la gare résolument victorienne et quantité de beaux b'timents du XIXème sur fond de tours de verre. De belles perspectives s’offrent à l’œil sur les longues avenues où évoluent de nombreux tramways colorés.

Nous empruntons le ‘’City Circle Tram’’, tram gratuit, qui en une heure par un trajet en boucle, après maintes et maintes stations  permet de découvrir agréablement les principaux quartiers et monuments d’intérêt de la ‘’presque’’ vieille cité...

Une absente : la mer

Nous sommes en bord de mer et l’on est presque étonné que sur un site pareil il n’ait pas été donné une place plus importante à un front de mer ? La ville qui fut avant tout un port d’immigration, s’articule autour de la Yarra River et semble presque tourner le dos à la mer, comme si arrivés par la mer les pionniers n’avaient voulu s’intéresser qu’à la terre et oublier un peu le négoce maritime, le voyage. C’est vrai qu' ici, "en bas" du globe nous sommes si loin de tout.

Le temps maussade sur Melbourne ne nous pousse pas particulièrement vers les plages. Nous sommes biens allés jusqu’à Geelong et même à Torquay Beach  ce paradis austral des surfeurs. Mais oui vous connaissez, car les deux plus célèbres entreprises de  vêtements et matériels de surf : Rip Curl et Quicksilver pour ne pas les citer, ont établi leur siège là-bas. Mais le vent, l’air glacial, les vagues énormes et le ciel gris  n’incitent pas à s’allonger sur la plage. Nous n’envisagions pas d’effectuer le trajet tous les jours, d’autant plus qu’il y a tout de même quelques 100 km pour s’y rendre.

Retour donc sur Melbourne.

L’immigration et, encore une occasion manquée par la France


Ici dans le futur Etat du Victoria, arrivaient tous les émigrants d’Europe et d’Asie.  le Musée de l’Immigration leur est d’ailleurs consacré, avec en particulier tout le département Immigration Discovery Center qui fourmille d’informations, de statistiques et de documents. Nous y avons passé une matinée bien trop courte, et avons recueilli quantité de données, en particulier sur les émigrants Français. Car les Français arrivèrent les premiers sur ce continent australien, mais la légendaire rivalité coloniale avec l’Angleterre tourna au profit de cette dernière.

(Cette partie du récit fera l’objet d’un chapitre particulier.)

Après les premières découvertes, la fièvre de l’or s’empara  du continent et un afflux considérable d’immigrants débarqua à Melbourne, car dans l’arrière pays de nombreux filons commençaient à donner de l’espoir, du rêve et parfois aussi des résultats palpables.

De véritables agglomérations champignons poussèrent dans un rayon de  250 km  prenant les noms de Ballarat, Bendigo, Castelmaine, Creswick,
Maryborough, Wedderburn, Charlton. Après une période d’euphorie, la fièvre de l’or finit par retomber quelque peu pendant quelques décennies mais ne s’éteint jamais vraiment. Les villes surgies de nulle part périclitèrent, tout particulièrement après la première guerre mondiale.

Chercheurs d’or en Australie

Au tout début des années 80 les cours de l’or se sont mis à flamber. Et c’est ainsi que depuis ces dernières années les compagnies minières sont revenues sur leurs décisions et ont réouvert les sites délaissés allant même jusqu’à retraiter les anciens terrils !!!

L’or, nous n’y pensions même pas et nous n’étions pas du tout venus en Australie pour nous y intéresser ; l’idée nous aurait-elle effleuré seulement ? Le temps maussade persistant sur le Victoria ne nous attire pas en bord de mer, nous décidons donc de pousser jusqu’aux villes de l’or. Ballarat  étant la plus proche nous y partons de bon matin, sous la pluie, oui ...encore la pluie.
La ville n’est pas tout à fait aussi désolée que toutes ces cités désertées du Far West américain, loin s'en faut... elle compte actuellement 85.000 habitants !!!. Peut être y a-t-il eu précédemment une période de stagnation, mais en ce moment ce n’est pas du tout ce que l’on découvre et ressent. Par contre le style des rues et des b'timents nous incline inévitablement à penser à ces images de westerns  et autres films spaghettis , mais en très très clean. Cependant on se rend tout de suite compte qu'ici, en Australie, la ruée vers l’or à dû être tout aussi violente, sinon plus qu’en Amérique. En témoignent ces b'tisses toujours debout, avec leurs infrastructures en dur, parmi lesquelles viennent s’intercaler ces beaux b'timents de style victorien en opposition aux simples façades en planches américaines.
Nous ressentons le besoin d’en savoir plus et de mieux comprendre ce qui poussait tous ces européens à franchir, au péril de leur vie, plus de 20.000 km d’océan pour venir gratter la terre du fond des terres australes ?  Sovereign Hill est l’une des principales mines historiques de Ballarat et a été transformée en Musée vivant.
C’est peut être le lieu idéal ?
En effet, rien à voir avec nos parcs d’attraction européens, nous plongeons  cent ans en arrière. Nous serions nous même en costume d’époque qu’il nous serait difficile de nous situer au XXIème siècle. Car sur environ 25 ha , à ciel ouvert ou dans les galeries en sous sol le site reconstitue fidèlement la région où la recherche aurifère débuta dans les années 1850. Tout est en l’état, tel que le site était au moment de l’arrivée des européens.
Des bénévoles en costumes évoluent au milieu de plus de 60 b'timents historiques : boulangerie, imprimerie, école, bowling, photographe, mercerie, etc.

Des diligences tirées par de robustes chevaux de trait arpentent les ruelles en pente alors que des policiers interpellent quelque maraudeur. On découvre des mines artisanales en cours de creusement avec les toiles de tentes des mineurs à proximité, ou une installation plus industrielle en cours d’exploitation que prolonge la fonderie d’or en billettes ou lingots. Le ruisseau charriant les paillettes d’or coule au milieu.

C’est dans ces riches alluvions que nous sommes devenus chercheurs d’or.
  
Armés chacun de notre plat, accroupis sur la rive, nous tentons notre chance. Après plusieurs tentatives, dans les derniers grains de sable fin du fond du plat nous avons  le plaisir de voir miroiter quelques paillettes. Nous n’en croyons pas nos yeux et nous nous prenons vite au jeu. En fin d’après midi, les derniers chercheurs d'or présents sur la rive du ruisseau, c’était nous !!.
Bien que nous n'ayons jusque là jamais pensé à nous livrer à cette activité, il faut 
reconnaître que durant quelques heures nous avons été gagnés par la fièvre de la recherche.
Et pour peu que quelques paillettes viennent tournoyer au fond de la batée...
Nous comprenons mieux à présent cette frénésie qui vous gagne...

Drôle d’expérience, la Bigorre est bien loin...

Demain nous quittons la charmante Melbourne victorienne, si agréable à vivre. Direction Adelaïde.

Sur la Great Ocean Road


Ce n’est pas l’itinéraire le plus direct pour rejoindre Adélaïde, mais cette côte tourmentée aux plages qui font rêver tous les surfeurs du monde et aux falaises rappelant Etretat, nous parait incontournable. Nous ne sommes pas déçus.
La route  n’a rien à envier à nos petits chemins côtiers et il est recommandé de circuler avec attention ; on y croise, je pense, tous les "combis’’ du continent  bardés de planches de surf et de wishbones, personnalisés années 68, of course, " n’est il pas" ? Après la ‘’Surf Coast’’ et sa plage super chic Apollo Bay, le plus spectaculaire et tant attendu est bien sur la zone des ‘’Twelve apostles’’ (Douze Apôtres).

Les  monuments rocheux burinés, sculptés, érodés, fatigués,  par les eaux tumultueuses de l’océan antarctique émergent des eaux turquoise. C’est tout un camaïeu de turquoise qu’offrent ces eaux impressionnantes  tantôt calmes tantôt déchaînées et écumantes de rage contre les rochers. Des Douze Apôtres elles ont fini par en "décaniller" quatre. Mais ceux qui résistent ne tarderont pas à être rejoints par quelques autres, car l’océan continue rageusement son travail de sape pour arracher de nouveaux pans à la falaise.
On se sent soudain tout petit petit, minuscule, surtout lorsqu’on finit pas oser descendre au pied des falaises de 70 m de hauteur et que l’on reste bloqué sur un étroit cordon de sable que la marée ne tardera pas à recouvrir de nouveau. Mieux vaut reprendre quatre à quatre,  les escaliers taillés à même la roche. Séquence émotion iodée et embruns garantis. Gigantesque.

Après un coucher de soleil indescriptible dans cet extraordinaire décor, nous poussons jusqu’à Port Fairy pour passer la nuit. Ici, petit port sans grand intérêt, mais étant donné la route parcourue il faut bien faire une étape.

Emoi avec nos premiers émeus

La route s’éloigne quelque peu de la côte et de maritime devient  ce matin très rurale, forestière, voire faunistique.

Inattendus, au détour d’un virage très arboré, quatre gros oiseaux traversent la route juste devant notre capot, en courant souplement. Ce sont des émeus et, ils nous procurent une belle frayeur. Vu la taille des animaux perchés sur leurs longues pattes, quatre d’un coup sur le pare brise... rétrospectivement,  nous avons des sueurs froides.
Craintes justifiées car nous ne tardons pas à croiser quantité de kangourous écrasés ainsi que plusieurs émeus.
Nous ne sommes pas équipés d’un pare-buffle, mais pour nous il est hors de question d’entrer en collision avec l’un de ces animaux. Nous redoublons de vigilance dès qu’une zone nous semble appropriée à leur présence  et jusqu’à Robe, notre prochaine étape nous préférons les voir courir dans les prairies au milieu de moutons que devant notre véhicule sur la chaussée…

Le Manoir de Robe.

Pour cette nuit nous serons ch'telains. En effet le backpaker est cette fois une antique et belle demeure, ‘’Le Manoir’’, qui nous transporte plutôt en Ecosse. , Aucun problème de promiscuité dans les vastes chambres d’époque, meublées de style, les couloirs, les salons et autres cuisines. Jusqu’aux salles de bains qui nous paraissent bien surdimensionnées pour notre époque. On doit s’y faire cependant lorsque cela devient le quotidien. Etant donné le style et le caractère du lieu, ce sera de tous les hébergements de notre voyage le plus beau souvenir d’étape !

Et au bout, Adélaïde.

Nous pénétrons dans l’Etat du South Autralia  et c’est à travers une immense région de lagunes et de marais, dans le delta de la Murray River que nous rejoignons Adélaïde ;  la Camargue en très vaste !!!!


                                                                                            à suivre...