4- D’Adélaïde à Canberra
Adélaïde
Nous voici déjà le 27 février 2008, évidemment ici on ne le croirait pas, c’est toujours la même impression quand nous sommes dans l’hémisphère sud, complè-tement désaisonnalisés par rapport à notre vieille Europe.
Bien que la ville soit aussi dotée d’un port, ceci ne se remarque pas immédiatement, sinon encore moins qu’à Melbourne. Architecture et topographie de Adélaïde sont issues d’un courant de pensée réformiste et à la limite dissident, qui prit naissance dans le premier tiers du XIXème siècle en Angleterre. De là naquit cet urbanisme harmonieux, quelque peu puritain (nombreuses églises), toujours très 'victorien’ en ce qui concerne le style des constructions.
Très frappant ici, absence de grandes tours et immeubles de verre et d’acier, le b'timent le plus élevé doit posséder une trentaine d’étages, les autres en majorité datent du XIX ème siècle.
En fait Adélaïde est une grosse ville provinciale à échelle humaine, très agréable à vivre si l’on en juge par l’activité au rythme très détendu des grandes rues de la ‘city’. En revanche on ressent une détermination certaine à créer des évènements culturels, sans doute pour ”rester dans le coup’’ par rapport aux deux gros pôles actifs que sont Sydney et Melbourne.
Notamment dans l’une des rues principale du centre ville, totalement piétonne, où règne une grande animation festive, commerciale et très conviviale. Nous y passerons plusieurs heures à nous imbiber de cet art de vivre paisible.
L’art est dans la rue, la culture est dans la rue, les sculptures, la musique et les artistes aussi. Il y a même comme un air de mardi gras avec des accents de ”gay pride’’.
Et, ce qui est aussi très rassurant, il y a maintenant tous les ans en avril une Fête des vins. Ce n’est hélas pas encore tout à fait la pleine époque des vendanges mais quel dommage de ne pouvoir tester tous ces vins australiens... Il faut souligner qu’ ici en Australie le vin est onéreux à l’achat, non pour cause de production limitée ou d’exportations excessives, mais par une volonté de salut public, qui pour essayer de limiter les consommations abusives d’alcools en tous genre taxe fortement toute boisson dès ses premiers degrés et crée même des zones à consommation interdite, sur les plages notamment. Malgré cela, nous l’avons constaté, la consommation va bon train et les sorties de bars et restaurants restent périlleuses sur les routes alentour….
Au nord de la ville, de l’autre côté de la Torrens River nous découvrons un paradis de verdure de parcs et jardins où se nichent comme dans un écrin de velours vert Saint Petters Cathedral et de superbes quartiers élégants et cossus, mais très animés. Puis revenant vers la City nous passons devant le Migration and Settlement Museum , premier musée consacré à l’immigration en Australie, dommage il est fermé à cette heure, continuons vers le Parliament House et poussons jusqu’à l’University of Adelaïde et son vaste campus ; toujours ambiance calme et détendue, les étudiants ne semblent pas stressés non plus.
Même si le port ne présente pas d’intérêt particulier, les plages immenses (plus de 30 km) quant à elles, sont baignées par les eaux, plus calmes qu’ailleurs, du golfe Saint Vincent. C’est comme toujours le rendez vous des surfeurs et autres joggeurs ; il nous semble de plus en plus que le sport ici en Australie est devenu comme une obsession nationale, une culture, voire une sorte de religion.
Nous terminons la journée sur ces plages, le long du wharf, émerveillés par un somptueux coucher de soleil sur le Golfe Saint Vincent.
L’Outback de l’Australie du Sud
Afin de ne pas rester totalement dans l’ignorance, il est bon de préciser qu’ici en Australie ce terme ‘d’outback’ qui revient souvent dans les conversations, désigne l’ensemble du territoire intérieur du pays, plutôt aride, franchement désertique en beaucoup d’endroits et terriblement peu peuplé, peut être à peine 10% de la population.
Nous quittons Adélaïde décidés à remonter la vallée de la Murray River en direction de Canberra, mais étant donné la distance qui nous en sépare, ce sera en deux jours de petites routes assez périlleuses. Nous sortons rapidement d’Adélaïde par les collines des Mount Lofty Ranges, en quelque sorte les hauts d’Adélaïde, où vit une population qui apparemment n’a pas de gros soucis financiers, à admirer les résidences et leurs abords. Nous avions déjà repéré ces quartiers depuis l’avion lors de notre vol intérieur d’arrivée, après cette escale forcée à Adélaïde. Un foisonnement de verdure et une débauche de piscines effectivement.
Attention, je conduis la japonaise souple et agréable, à gauche évidemment, ne jamais l’oublier c’est plus prudent…. Malgré notre lourd chargement dans le coffre arrière elle ne donne pas l’impression d’un hors bord sur les vagues déferlantes, heureusement.
Les routes à deux voies du type de nos nationales de campagne bien rugueuses, sont presque assez larges mais très bien balisées, avec tout de même un revêtement assez tourmenté.
Il y a peu de circulation mais nous croisons sans cesse d’immenses camions à neuf essieux, impressionnants par toutes leurs dimensions et parfois nous en rejoignons un et il me vient à l’idée qu’il est nécessaire de le doubler !!!
L’entreprise est délicate et dure parfois un ou deux kilomètres.
Car des kilomètres, nous en avons devant nous (Adélaïde-Canberra plus de 1.200 km ) et même si nous avons prévu de passer la nuit à Echuca, n’oublions pas qu’il nous faut avaler ces 670 km de route, de préférence de jour car de nuit sortent les wombats et autres kangourous. F'cheuses rencontres nocturnes pour tout le monde.
Le temps est automnal, frais au départ, cela ressemble à quelque journée de septembre chez nous dans les Pyrénées. En ce qui concerne le paysage, peu de variété, nous traverserons pratiquement toute la journée une vaste région céréalière, où l’on cultive le blé principalement, avec d’immenses silos à grain et encore quelques moissonneuses récoltant dans les champs. Contrairement à notre attente elles ne sont pas de taille démesurée, mais très semblables à celles qui évoluent dans notre Sud- Ouest. Pourtant l’immensité des parcelles autoriserait un matériel surdimensionné. Peut être est-ce chez nous qu’est le suréquipement ? Les tracteurs agricoles sont dans cette zone parfois plus imposants, mais par contre, les ‘’round ballers’’ et presses à balles parallélépipédiques sont identiques à celles de nos campagnes pyrénéennes.
Pour l’heure nous contrôlons surtout la circulation des gros camions et lorsque l’un d’entre eux apparaît au loin, traînant une immense charge de balles de paille, on ne badine pas avec le volant.
Après une halte très bénéfique à Pinaroo, un de ces petits villages perdus de l’outback, la conduite devient plus mouvementée encore car un fort vent latéral sud-nord s’est levé, venant de la droite de la route. Hélas il va nous accompagner durant 400km et provoquera quelques tensions supplémentaires.
En effet, nous apercevons de temps à autre dans le lointain des atmosphères obscurcies, noir'tres, comme de gros orages de grêle et dans lesquelles nous finissons par pénétrer. Malgré les phares allumés impossible d’y voir goutte, nous avançons au pas. Ce sont des tornades de terre soulevées sur les champs de blés récoltés et dont certains ont été récemment déchaumés. Nous allons en traverser comme cela une bonne dizaine, toutes écoutilles fermées, mais avec une grosse boule au ventre dans la crainte de se trouver face à face avec un de ces ‘’gros pachydermes mécanique’’. L’érosion éolienne n’est pas un vain mot ici et l’on imagine bien que la fertilité des terres en question en sera d’autant amoindrie pour les années futures. Il y a là une pratique culturale à revoir ; plutôt ensemencer une graminée que retourner le chaume après moisson.
A chaque passage de pont sur les diverses rivières que nous franchissons la route se rétrécit copieusement et les croisements deviennent encore plus ‘’sportifs’’. Je garde un souvenir ‘’adrénalien’’ d’un tel croisement du côté de Swan Hill sur la Murray river, où il ne devait pas rester l’épaisseur d’un papier à cigarette entre la rambarde du pont du côté gauche ainsi que du côté droit, entre notre carrosserie et les chenilles du gros bull que transportait l’immense camion que nous y avons croisé.
Inutile de préciser que le camion en question n’a nullement réduit sa vitesse d’un demi pouce, pas plus qu’il n’a attendu que nous ayons achevé la traversée. C’est peu banal de croiser une chenille de bull lancée à belle vitesse à hauteur de tête de chauffeur !!! A ne pas renouveler trop souvent quand même.
Echuca et son auberge très kitch
Dans l’outback les auberges de jeunesse (et oui il faut rester jeune tout de même) ou autres backpackers ne se bousculent pas. Il nous a fallu atteindre Echuca pour trouver un havre de nuit. Nous ne sommes pas déçus du déplacement. Le décor intérieur victorien est quelque part en harmonie et en total contraste avec la décoration florale artificielle de l’extérieur. Nous sommes reçus par l’auteur de toute cette magnificence : Kim Kelly. Une gloire locale qui a roulé sa bosse sur tous les continents et est revenu créer son propre backpacker.
Nous plongeons 140 ans en arrière, pour le moins. A voir, car au palmarès des lieux insolites la YHA Garden de Echuca prend une place privilégiée. Et pour tous ceux qui comptent y aller et faire étape, nous ne résistons pas à donner le lien internet : http://www.yha.com.au/hostels/details.cfm?hostelid=91
Au restaurant du coin, l’ambiance n’est pas plombée... pour l’instant ! Plus tard il y aura ‘’du plomb dans l’aile’’ pour certains ; côté salle, femmes et enfants s’empiffrent des glaces et autres p'tisseries bien caloriques arrosées de pintes de bières et de cette boisson internationale, pétillante et marron, cependant que leurs époux solidement amarrés (pour l’instant) à la barre du comptoir nous impressionnent.
Est-ce par leur faculté acquise d’expériences réussies dans la descente rythmée des bocks de bières, alternée par de robustes rasades de gros ballons de rouge, ou par leur dextérité à lever le coude sans faire tomber leur chapeau de stockmen (cow-boys locaux) bien vissé sur le cr'ne ?
La séance durera plus longtemps que le match de rugby qui défile sur l’écran de TV, en bruit de fond, manifestement sans intérêt pour personne et encore moins pour nous. Nous ne sommes pourtant qu’un jeudi soir. Ces soirées sont elles destinées à rompre la monotonie de la semaine, à tromper l’ennui de vies trop monotones ?
Côté féminin, autour de la table trônent les resplendissantes matrones sur le sentier de la cinquantaine, qui jacassent à tout va, entourées de leurs robustes adolescentes et de quelques garçonnets qui font le va et vient entre la table et les machines à jeux en mastiquant et soufflant dans ces gros chewing-gum de notre enfance. Encore amarrés, mais déjà partis pour la dérive, nos poètes des brasseries ont déjà monté le ton de quelques décibels. Ils éructent des mono phrases du type de ces conversations habituellement impérissables en ces temples de la philosophie. Il nous vient à l'esprit que le savoir vivre australien semble se mesurer au savoir boire. Le barman n’arbitre pas, il participe. Il se fait tard et les niveaux baissent toujours, le temps s’écoule beaucoup moins vite que les liquides, nous sommes venus nous restaurer et finissons par être servis.
L’outback profond nous laissera quelques bons souvenirs typiques d’Australie, grandioses même.
Vers la capitale
Le petit jour finit de se lever sur la petite ville d’Echuca. Contrairement à ce que l’on pourrait croire c’est une petite ville très intéressante et pleine de souvenirs historiques de l’émigration. Le temps nous presse hélas et il aurait été bien agréable de fl'ner quelques heures ici en ce 29 février.
Toujours conduite à gauche et volant à droite, sur une route invariablement campagnarde.
Au paysage plat succède peu à peu un relief vallonné où apparaissent quelques élevages de moutons, puis de bovins et finalement à partir de Wodonga et Albury nous traversons une région viticole qui produit des vins à dessert,
à partir des plants de Muscat et de Tokay.
Un peu partout on prépare les vendanges. C’est moins périlleux que les tornades terreuses !!
Finalement nous arrivons dans un immense chantier intermittent, de construction routière pour la deux fois deux voies qui, dans le futur, va relier Sydney à Melbourne, via Canberra. Même si les travaux sont gigantesques, nous n’y sommes pas encore.
En fin d’après midi nous sommes dans Canberra sans nous en être réellement rendu compte. La végétation noie les b'timents et il faut être très près pour découvrir les constructions de la capitale.
à suivre...
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