Des Bigourdans en Australie (suite et fin)

5 -  De Canberra à Sydney et retour... aux Pyrénées

Canberra

C’est une ville aux constructions d’un modernisme sans cachet, d’une certaine époque, disons à partir de l’entre deux guerres, le tout noyé dans une végétation arbustive dense qui empêche toute vue en perspective, à moins de la survoler à basse altitude. Il est difficile d’effectuer une visite à pied des quatre pôles qui s’organisent autour d’un lac artificiel Burley Griffin. Et peut être encore plus difficile de découvrir un ‘’centre ville’’, ne parlons pas d’une City. L’effet a été voulu lors de la construction très artificielle et tardive de cette capitale, à la place des immenses prés où paissaient paisiblement des milliers de moutons mérinos, sur environ 2.400 ha. Mis à part les b'timents administratifs, le Parlement pyramidal surmonté d’un respectable drapeau sur son immense m't de 80m,  Parliament House, où siègent Chambre des représentants et Sénat et, sans doute quelques bons musées que nous n’aurons pas le loisir de voir en ce premier samedi de mars, la visite est sommaire.
D’ailleurs en cette fin de semaine il n’y a pas grand monde ‘’en ville’’ car parait-il, dès leur semaine de labeur achevée, le vendredi soir, les cambérriens se ruent vers Melbourne ou Sydney, afin d’y retrouver ‘la civilisation’, enfin une certaine civilisation, le premier ministre  John Howard, donnant nous a-t-on dit, l’exemple.

Tant qu’à venir en Australie depuis nos Pyrénées des antipodes, autant découvrir aussi la capitale de ce pays-continent. Mais ce n’est pas la plus belle capitale de la planète et on n’y trouve pas cette empreinte de l’histoire, cet esprit légué par les générations passées. C’est autre chose malgré tout et pour l’Australie une étape sûrement nécessaire pour bien asseoir la nouvelle Fédération  d’Etats créée le 1er janvier 1901.
Après une grande virée dans les larges avenues désertes, nous piquons vers Sydney.


Gais, gais, soyons gais… sur la route du retour

Le temps s’est dégagé, la lumière rasante est chatoyante sur le paysage de larges plaines à moutons bordées de part et d’autre des plus hautes montagnes du continent.
On fait du ski là-haut, du moins on découvre la montagne sous la neige dans des stations qui vont jusqu’à 1.900m. Des forêts d’eucalyptus toujours et partout, accrochées sur les premiers flancs montagneux. La forêt originelle à semble –t-il, dû subir des coupes rases à la fin du XIXème siècle et début du XXème, pour laisser place aux pacages à moutons, les premiers arbres sont restés en place là où la déclivité devenait trop pénible à maîtriser. C’est une campagne soignée, entretenue et proprette, émaillée de quelques petits lacs, ou ce qu’il reste des plus grands, que nous traversons jusqu’à Sydney.
La route est bien roulante, trop peut être, car on en oublie de regarder le compteur ! Quelques véhicules devant et derrière nous, la circulation est très fluide... Emilie est au volant et file bon train, nous ’’sentons l’écurie’’, mais soudain une sirène stridente attire notre attention.  Nous sommes suivis maintenant par un autre véhicule qui roule à vive allure, comme ces héros américains de série B. Mais non, vu les rampes lumineuses clignotantes et en regardant mieux dans les rétroviseurs, c’est plutôt ‘’Police ‘’ que l’on distingue inscrit sur le capot.
Enfin de l’action, si l’on peut dire !
Etant donné qu’il nous colle au pare-choc, nous nous rangeons sur le bas côté. Ils semblent si discrets habituellement ces personnages en uniformes dans ce pays. Mais nous avons quelques souvenirs de douane à Adélaïde, c’est vrai qu’ils sont imperturbables jusques aux bornes de leur domaine d’activité, d’une rigueur toute anglo-saxonne. Celui là était particulièrement bruyant et peu souriant à notre approche. Pourtant nous n’étions pas les seuls à cette vitesse de croisière ; mais le destin a voulu que nous soyons la ‘’mauvaise pêche’’.
En fait il avait repéré dans sa ‘’caméra’’ le seul véhicule de location et de plus conduit par une ‘’miss’’. Quand de plus nous avons conversé avec notre accent français, cela l’a mis en transe et de suite il a sorti son carnet à souche pour y inscrire, sans discuter, l’amende maximum, 140 $(90€) ; on  ne plaisante pas !!!.
Peu loquace le jeune homme, mais évidemment avec la casquette vissée bas impossible de le raisonner, malgré le fait d’avoir été choisis ‘’arbitrairement’’ dans la file. En fait il était embusqué avec son cinémomètre, à contre sens  de la highway, à l’ombre sous une pile de pont, car du coin de l’œil nous avions aperçu son véhicule. Il a dû faire un rapide demi-tour sur la chaussée et se lancer à notre poursuite après notre passage. Nous n’avons pas vraiment senti de francophilie sur ce coup là ….

Laissant sur notre gauche les Blue Mountains , c’est déjà Sydney dont on aperçoit les plus hautes tours dans la verdure du lointain. Une fois les bagages empilés sur le trottoir devant notre habituel backpacker à Bondi Beach, nous fonçons rendre la japonaise de location, qui affiche tout de même quelque chose comme 4.500km de plus, ce qui finalement ne fait que 290km par jour.

Carnaval, Mardi gras et Gay Pride

Trente années de Gay Pride, être en Australie et de plus à Sydney, nous ne pouvions passer à côté de cette manifestation originale et mondialement connue pour son avant-gardisme.
A partir de 17 heures tous les bus convergeant vers la City sont bondés de passagers aux tenues les plus extravagantes et fortement colorées, voire un peu dénudées. C’est déjà la fête dans les bus et le record de tranches d’'ge des lecteurs de Tintin est largement explosé, car ici c’est bien avant 7 ans et largement après 77 que tous se déguisent pour participer au Mardi Gras. Inutile de penser circuler autrement, toute la circulation est bloquée depuis le milieu de la journée afin de laisser vides les avenues encadrées de longues files de barrières. L’évènement est international, retransmis par plusieurs chaînes de télévision sur la planète et sur grand écran tout au long du parcours.

Le défilé officiel démarre en principe à 19 heures mais le carnaval est déjà partout dans la foule et bien qu’il soit à peine 18 heures, nous avons grande peine à nous frayer un passage vers le parcours. Impensable d’envisager se placer tout contre les barrières, les places sont déjà prises et depuis un bon moment semble-t-il, si l’on mesure la quantité de canettes de bière qui déjà commence à traîner au sol. Difficile de se trouver un point haut. Comme cela semble dans les mœurs, Anne Pauline, Emilie et Kiki empruntent quelques caisses de bières dans l’arrière cour d’un bar pour s’y percher et mieux voir le défilé.
Une grande pétarade de motos ouvre le ban. Dans des accoutrements très débridés, les motards roulant au pas, saluent la foule sous les acclamations. Dans un délire croissant, un brouhaha intense, des musiques et des sons entrecroisés, mais toujours sans le moindre débordement violent ou excessif, la parade va durer trois heures pour tous ceux qui ici  manifestent leur existence, une certaine différence, mais tiennent leur place à part égale dans tous les corps de métiers et dans toutes les strates de la société.
Une vraie fête populaire, un Mardi Gras  actualisé dans l’esprit des malaises sociaux planétaires qu’ici on met au grand jour sans ambages et sans ostentation. Disons aussi sans ambiguïté, ce qui est assez étonnant pour cette population issue d’un puritanisme rigoureux, mais d’autre part compréhensible si l’on repense notamment entre autres causes, aux premiers peuplements de l’immigration réalisés pour alléger les prisons britanniques. Une société relativement jeune, qui n’est pas encore totalement engluée dans des principes que diverses révolutions successives n’ont pas vraiment réussi à faire dissoudre dans la pensée de notre vieille Europe.
Le cortège est varié, coloré,  bruyant, chamarré, détonnant, folklorique ou revendicatif des grandes causes internationales,  allant de quelques individus  bien maquillés jusques aux groupes bien constitués, bien ordonnés,
en passant par des chars très sophistiqués ou  des camions à plateau avec orchestres et harmonies. On ne voit pas le temps passer, l’inattendu succède à l’inhabituel, le moderne au baroque, l’anachronique au plus conventionnel. pompiers, religions, défenseurs de la nature, gays et lesbiennes, policiers, maîtres nageurs sauveteurs, universités, sectes diverses, Amnesty International,  infirmières, médecins, reines de beauté, asiatiques, juifs, footballeurs, chauffeurs de bus,
rugbymen, etc....
Il y a profusion de ballons, de drapeaux, de plumes, de lumières clignotantes, de banderoles colorées, de chapeaux, de tenues le plus souvent très soignées, le tout entrecoupé de feux d’artifices qui de temps à autres jaillissent des balcons ou des terrasses environnantes  et toujours une ambiance bon enfant, très festive, souriante et décontractée.
Le service d’ordre encadre mais, malgré les milliers et milliers de personnes massées tout au long du parcours nous n’avons pas vu un seul incident agressif, pas un seul accrochage. Ceci parait assez incroyable, surtout pour nous européens qui avons des images et des souvenirs de manifestations autrement moins denses, mais qui dégénèrent rapidement et facilement en affronte-ments ou en petites escarmouches.
Ici rien, le calme zen, la bonne humeur malgré les degrés accumulés.  Pourtant chacun échange cannettes de bières et autres herbes roulées, une incroyable quantité de bouteilles et de déchets divers jonchant le sol.
Trois heures de grande parade ininterrompue, finalement ça creuse!... Il est 23 heures et comme une petite faim nous tenaille et avant de regagner notre backpacker nous décidons d’un petit pique nique improvisé sur place.
Dans le bus du retour c’est encore la fête dans la bonne humeur, mais la fatigue se fait tout de même sentir et les déguisements et maquillages ont un peu vécu.

Derniers jours en Australie


Inlassablement le calendrier continue d’avancer, les jours passent nettement plus vite aux antipodes ; est-ce le fait d’avoir la tête en bas ?
Il fait soudain un temps splendide, nous en profitons pour visiter Sydney à pied et plus en détail le centre de la City, parcourant les grandes rues assez calmes nous détaillons les b'timents plus pratiques qu’ élégants, avec une palette de styles allant du ‘georgien’ au ‘victorien’, en passant par le baroque, le moderne des années soixante et le futuriste actuel.
Nous n’évitons pas non plus, les galeries de peinture, d’artisanat aborigène, les musées et même les magasins de vêtements... Retour au port pour prendre un ‘’jet cat’’ qui, du Circular Quay en passant tout près du Harbour Bridge, puis au pied de l’Opéra et, voguant de baie en baie, nous  fait traverser toute la rade de Port Jackson jusqu’à Watson Bay.
Un décor de vues grandioses dans les embruns soulevés par l’étrave et qui font iriser au soleil des milliers d’arcs en ciel. Sur la berge, les gratte-ciels s’éloignent faisant place aux entrepôts portuaires, aux marinas et, sur les collines aux quartiers résidentiels et aux parcs.
C’est un peu comme le départ des émigrants vers leur pays natal  qui, embarqués pour une longue croisière quitteraient Sydney par la mer.  Puis encore une dernière plage toujours sans surfeurs, un dernier coucher de soleil à Bondi Beach.

Miracle des retrouvailles


Après plusieurs tentatives malheureuses durant notre périple, en ce dimanche après midi j’arrive enfin à joindre au téléphone Karine SALIES qui habite définitivement dans les Blue Mountains.   
Miracle elle est là ; à quelques 70 km de Sydney cependant. Nous n’aurons pas le plaisir de nous rencontrer cette fois ci, mais notre conversation va durer et en français, comme cela il n’y aura pas de malentendus. Nous verrons plus loin comment vivent nos Bigourdans en Australie.

Lundi  3 mars 2008


C’est le ‘’der des ders’’… déjà !!!
Notre dernier jour australien car nous embarquons cet après midi. Il nous semble être arrivés voici à peine deux ou trois jours ???
Après avoir pris une dernière fois l’air du large sur la corniche bordant la plage de Bondi Beach, il ne nous reste qu’à boucler nos valises .
Bernard Pierre LAMBERT des GRANGES nous appelle au téléphone. Nous n’y croyions plus,  mais il vient juste de lire le courrier que nous lui adressions le 16 février  depuis Jervis Bay dans le Victoria.  Apparemment, ici aussi le courrier n’a d’express que le nom et ne pulvérise pas le mur du son. Emotion donc, d’entrer en communication avec ce Bigourdan émigré de longue date et qui vit paisiblement à Brisbane. Jusqu’au dernier moment nous espérions son appel et c’est miraculeusement ce qui se produit.
Deux heures à peine nous séparent hélas du départ et nous ne pourrons pas non plus nous rencontrer, mais avec une grande émotion nous bavardons longuement. Nous conterons plus loin son histoire aussi peu banale que le côté inespéré à l’extrême de notre contact d’aujourd’hui. L’histoire sera trop longue, la raccourcir sera un supplice pour moi, je le sais déjà.

Dans le taxi qui nous conduit à l’aéroport nous conversons avec Anne Pauline et Emilie, en français bien sur.  Un dernier petit bonbon mentholé et Emilie en anglais en offre un au chauffeur. Ce dernier lui répond ‘’ non merci, je n’en prends pas’’.
Bon, encore un Français émigré au pays des kangourous. Etonnant car, originaire d’Aix en Provence, une belle région aussi et  voici vingt neuf ans passées en Australie. Après un séjour dans les taxis parisiens il décide d’émigrer, fonde une famille dans son pays d’adoption et a deux fils de 25 et 30 ans. Il n’a jamais regretté son choix et pour rien au monde ne souhaiterait retourner vivre en Provence ou ailleurs.

Durant ce séjour, sans les chercher, nous avons rencontré en chaque endroit où nous étions, quantité de Français en séjour prolongé pour les jeunes, déracinés, émigrés de plus ou moins longue date pour les autres, travailleurs, installés à leur compte ou employés  et de nombreux touristes aussi bien sur.  Nous pensions l’Australie une destination très ou trop lointaine pour les Français étant donné les heures de vol à accomplir, mais en définitive il y a bien plus de courageux que l’on ne croit.

Voici l’aéroport, international, cette fois ci et ses adieux toujours aussi déconcertants. Mais il faut bien repartir un jour et c’est justement celui-ci. Déjà le gros Boeing 747 de Qantas  Airways survole  une dernière fois Sydney et nous voici  en l’air pour plus de sept heures quarante de vol avant l’escale de Singapour. Puis un 777 de notre compagnie nationale devrait nous conduire en temps et heure vers Roissy. Mais déjà nous quittons Singapour avec près d’une heure de retard. Motif ? Comment les choses pourraient elles être aussi simples ? Sans motif apparent nous arrivons étonnamment avec un retard certain sur le sol de France et notre navette vers Toulouse prend son envol au moment où nous débarquons. Quelle belle coordination tout de même.

Il pleut...il fait gris, le moral est au beau fixe,  nous aurions dû arriver à huit heures quarante à Toulouse, mais nous avons des images, des musiques, des odeurs, des souvenirs de rencontre plein la tête ; ce n’est que vers le milieu d’après midi qu’il nous sera possible de rejoindre l’Occitanie. 
 Il n’y a pas de doute, notre région se mérite. Sans compter cette appréhension du voyage retour vers les Pyrénées, avec volant à gauche et conduite à droite. Un autre moment fort, en prime ; encore un de ces touts petits riens qui rompent la monotonie quotidienne.
Nous y sommes, voici le Plateau, Campistrous et Théo frétillant derrière le portail.

Les Pyrénées sont sûrement encore derrière ces gros nuages qui moutonnent au sud et nous avons de nouveau la tête en haut !!!

  Jean-Paul Abadie
Juin 2008