Chirurgiens aventuriers du Nouveau Monde

 

En France, les barbiers et les chirurgiens forment une même société jusqu'au XIIIe siècle, mais une distinction est faite entre les barbiers qui exécutent « la petite chirurgie » et les chirurgiens qui effectuent « les grandes opérations ».
Les propriétaires des navires allant en Nouvelle France faisaient souvent appel à des hommes non qualifiés, probablement pour donner un salaire inférieur à celui d'un chirurgien. Mais les chirurgiens qui naviguaient sur les navires du roi étaient plus qualifiés que ceux qui naviguaient sur les bateaux de pêche.

Martin Descouts servit en cette qualité avant de prendre ses fonctions en Nouvelle France. 

Ce Béarnais, né à Salies en 1682, débarque à Plaisance (Terre-Neuve) vers 1700. Il devient alors chirurgien dans une compagnie de pêche.
Puis, vers 1715, comme beaucoup de ses confrères de l'Ile Royale, il s'engage vers d'autres activités, ce qui indique que, probablement, la chirurgie n'était pas particulièrement rentable. Il va alors s'intéresser à la pêche en prenant à son service dix pêcheurs et un commis.
En 1726, il est engagé comme chirurgien des Troupes de l'Ile Saint-Jean (Ile du prince Édouard en Nouvelle-Écosse). En 1734, il est célibataire et pratique toujours la chirurgie. Mais il possède alors 19 bêtes à cornes et il a un domestique.
En 1742, il écrit en Béarn à maître Jacques de Lafitte, avocat au Parlement de Navarre et donne pouvoir pour « retirer des mains des receveurs de la fontaine salée de ladite ville de Salies les arrérages des courés d'eau salée qui se trouveront lui être dûs jusqu'à ce jour… ».

Qu'est-il advenu de lui par la suite ? Mystère...
On perd sa trace vers 1745, lors de l'occupation de l'île par les Anglais…


Jean Casaux, dit Bascout chirurgien du Régiment du Béarn

Jean Casaux, dit Bascout, est né à Issor où il est baptisé en 1699. Il arrive au Québec vers 1719, il est alors chirurgien du Régiment du Béarn.
Il ne peut s'installer à Québec car en 1710, l'intendant de la Nouvelle France a statué « que l'exercice de la chirurgie en ville serait réservé à un nombre précis de chirurgiens ».
Il va donc s'établir à Château-Richer et va exercer pendant près de quarante ans sur la cote de Beaupré. Il se marie le 12 août 1721 avec Madeleine Voyer à Saint-Vallier au Québec. Il y achète des terres vers 1740. On trouve à Château-Richer une  rivière du nom de Cazeau, petite rivière qui coule sur les terres ayant appartenu à la famille pendant plus de 200 ans.
Contrairement à Martin Descouts, on retrouve aujourd'hui des Casaux (Casault ou Cazeau) dans toute l'Amérique du Nord. Plusieurs Casault occuperont des fonctions importantes au sein de la fonction publique fédérale. L'histoire de cette famille se trouve mêlée de près à celle de la Confédération.
Un de ses descendants sera le célèbre Monseigneur Charles-Félix Caseau, vicaire-général à Québec.
Ce dernier avait l'habitude de dire « Quand on demandait à mon bisaïeul, le chirurgien Jean Cazeau, de quel pays de France il était, il répondait fièrement : je suis béarnais comme Henri VI ». Et dans sa généalogie qu'il avait tracée avec soin on peut lire que « son aïeul était de Saint-Jean-du-Bourg-d'Issor dans le canton d'Aramits situé à six lieux d'Oloron, autrefois évêché chef-lieu d'une sénéchaussée ».
Jean Casaux est décédé le 12 août 1761.

Il y a quelques années des descendants de Jean Casaux sont venus en Barétous, voir la terre de leur ancêtre.

texte de Jean Renault
Secrétaire général de l’association
Béarn-Acadie Nouvelle-France

publié dans le journal Sud Ouest du 15/08/2008

Photos : Bibliothèque et Archives du Canada,
             Michel Caseault, Susan Wessin