Léon Laborde Boy

C’est en décembre 1842 que Léon Laborde Boy naît à Agnos, petit village béarnais qui comptait à l’époque 480 habitants...
Dans la propriété familiale située à l’écart du village, on élève des animaux, on cultive des céréales et de la vigne.
Afin d’assurer la conservation des biens familiaux, Bernard, le fils aîné, sera l’héritier.
Pour le reste de la fratrie cela signifie qu’il faut tenter sa chance ailleurs, peut-être de l’autre côté de l’Atlantique comme c’est souvent le cas à l’époque.

En octobre 1860, Léon, à peine 'gé de18 ans, embarque à bord d’un bateau du Service Maritime des Messageries Impériales avec son frère Joseph, à destination de Buenos Aires. Il y trouve une place de domestique, quant à Joseph, il s’établit à San Nicolas de los Arroyos où il épouse une jeune fille originaire d’Agnos.
Mais très vite, les deux frères vont se retrouver sur le chemin de la vie et plus tard les filles de Léon seront filleules des enfants de José.

En 1863, ils figurent ensemble parmi les fondateurs de « La Société française de Secours Mutuels » dont le siège est à San Nicolas.
Jacques Lassalle, né à Goès qui restera un ‘apoderado’ très proche de Léon en fait aussi partie. Chaque communauté importante créait sa société d’entraide ethnique. En plus des liens sociaux qu’elle établissait entre ses membres souvent séparés bien jeunes de leur famille, elle leur apportait une aide financière en cas de besoin.

En 1875, José et Léon exploitent en copropriété un moulin à farine et une boulangerie à Salto, dans la province de Buenos-Aires.
Hasard ou nostalgie du passé ? Il y avait aussi un moulin dans la propriété familiale. A ce moment-là, l’Argentine exporte de la farine vers les USA et le commerce est florissant.

En 1881, Léon a 39 ans ...
Devenu négociant, il vient épouser Laurence Magendie à Herrère... près d'Oloron Ste Marie.
Le couple s’installe ensuite en Argentine dans la province de Buenos Aires où naîtront quatre de leurs filles.
Plus tard, la vente de leur commerce leur procure un capital et Léon achète 9.000 hectares de terres dont 3.800 sont situées dans le district de Melincüé, province de Santa Fe.
Toute la famille rentre en France dans les années 1890 et s’installe à Pau,Villa Sperata avenueThiers, devenue avenue du Général de Gaulle.
Les filles s’y marient et les jeunes couples fondent leur foyer dans le département, la région parisienne et en Gironde. Léon décèdera dans les Hautes Pyrénées en 1921 à l’'ge de 79 ans et son épouse à Paris quelques années plus tard...
Ils sont tous les deux inhumés au cimetière urbain de Pau, avec une de leurs filles.


Pendant ce temps, en Argentine...


En 1897, le Ferrocarril Central Argentino traverse la Pampa et Pergamino est relié à San Urbano.
Le gouvernement exproprie Léon d’une partie de ses terres pour construire les voies ferrées, la gare et une réserve d’eau pour alimenter les locomotives à vapeur. La Estación Labordeboy est née. Cette ligne permet des échanges mais surtout l’acheminement des produits de l’intérieur vers les villes et les ports sur le Parana.
Des familles s’installent tout près mais dans des situations précaires. Pour y remédier et les encourager à s’établir définitivement, Léon charge alors son ‘apoderado’ Jean-Pierre Lapuyade originaire de Gurmençon d’urbaniser le site.
Le 17 mars 1914 le gouvernement approuve le plan du village proposé par Jean Pierre Lapuyade.
Léon donne alors des terrains qui seront affectés à la construction d’écoles, de l’église dédiée à Notre Dame de Lourdes, d’établissements publics, de la place du village et de rues... L’une d'entre elles s’appelle : « Avenida de las Cinco Hermanas », Avenue des Cinq Sœurs en hommage à María-Aidée, María-Julia, Juana-María-Luisa, Delia-Teresa, et María- Leona, ses filles.
Le village a été tracé à l’américaine, quadrillant le terrain tous les 100 mètres, et comme le voulait la tradition, il porte le nom du donateur de terres.

Il faudra cependant attendre 1928, date de la fondation de la Comisión de Fomento, pour que la commune Labordeboy ait sa propre administration.

Chaque année, au mois de mars, maire et élus organisent de belles manifestations pour fêter l’anniversaire du village qui compte aujourd’hui un millier d’habitants descendant principalement d’Italiens...

De nos jours, la voie ferrée a été privatisée. Un train quotidien de 70 wagons, sans horaire régulier, transporte surtout des céréales stockées dans des silos voisins jusqu’au port de Rosario sur le Parana.

La gare est devenue le musée Léon Labordeboy où objets et machines qui pourraient paraître hétéroclites rappellent le passé de ce jeune village.

 

Texte de Denise Luqué née Laborde-Boy
à l'issue du voyage qui l'a conduite
avec Pierre son mari à Labordeboy
en octobre 2008.


Source illustrations :
Ricardo Médina
wikipédia
www.hernandonet.com.ar/labordeboy/